DES BREBIS DANS LE MAÏS (1)

Nous nous sommes donc tous retrouvés, le troisième week end de juillet, dans les environs de PAU pour participer à une course d’endurance en moto classique. Notre épreuve de l’année celle où nous allions tout donner 

Quand je dit tous, je dis une fois de plus presque la vérité car nous avions deux brebis égarées : Jihell et ACC n’avaient malheureusement pas pu nous rejoindre. On a bien pensé à eux en espérant que – maintenant qu’Anne Cécile va abandonner la Belgique pour un pays certes étranger mais beaucoup plus proche - nous allons les voir plus souvent.  

DES BREBIS DANS LE MAÏS 

Donc rendez vous sur le circuit de PAU ARNOS qui, comme son nom l’indique, est caché dans un recoin vallonné du Béarn.

Il s’agit d’un beau circuit placé dans un environnement agréable où chacun a pu installer sa tente (sauf ceux qui préféraient dormir au motel de PUYOO)

Nous y avons trouvé beaucoup de motards car il n’y avait pas moins de six compétitions différentes au cours du week-end

Comme au LUC nous avons retrouvé cette ambiance des paddocks des années 70 avec des familles entières qui ont fait le déplacement, les enfants qui jouent autour de la tente tout près des motos prêtes pour la course.

Certaines équipes avaient un matériel impressionnant qui nous faisait mesurer l’écart qu’il peut y avoir entre des professionnels et des branluchons comme nous (branluchons que nous comptons bien rester d’ailleurs)

Donc le FLYING BREBI’Z a planté ses tentes à coté de semi remorques équipés comme des palaces mais aussi de simples caravanes ou camping cars conduites par des passionnés.  

DES BREBIS DANS LE CAMPING 

Si nous n’impressionnions pas par le matériel nous le faisions par le nombre. Imaginez qu’au plus fort du week end nous étions :  

7 voitures
2 remorques
1 camionnette équipée
1 moto (Boldorette en personne)
6 tentes
2 barnums
3 lisseuses
1 chien 

Tout cela pour soutenir …… une moto et trois pilotes.

Donc le vrai luxe à l’américaine

D’autant qu’à nous tous nous ne représentions pas moins de 7 départements différents ce qui montre la dimension quasi internationale de notre team.  

Pour nourrir ce petit monde il a fallu une organisation à la hauteur. Pour avoir une idée du défi sachez que le nombre de repas servi a varié (sans jeux de mots) entre 17 (le vendredi soir) et 37 (le dimanche midi).  

Heureusement nous avions deux atouts majeurs : notre base arrière de PUYOO et surtout la présence d’Evelyne et Jean – François les Rolls Royces de l’organisation (ou plutôt les 18 de l’organisation).

 Avec eux les situations les plus désespérées se règlent dans l’instant. Quelques exemples :  

Frank : Oh me voilà fort marri, il semble que j’ai oublié l’ouvre boîtes *
Evelyne : t’inquiète en voila un.  

Frank : Oh quelle contrariété j’ai oublié la bière *
Jean – François : tiens goûte celle- là, elle est fraîche.

 (* je rédige de mémoire, je ne suis pas sûr d’avoir utiliser exactement ces termes là)

Et bien sur cela vaut aussi pour l’électricité,  l’équipement de camping, la mécanique et à peu près tout.

 Donc notre campement installé et les approvisionnements assurés nous allions pouvoir entrer dans le vif du sujet : la course.

 VENDREDI APRES MIDI – PRESQUE ON DIRAIT UN TEAM  

Mireille et moi on a retrouvé Bruno sur le circuit, il amenait Raclette (plus deux jeunes délinquantes trouvées au bord de la route) pour le contrôle technique avant la course.

L’année dernière à REIMS ce passage obligé avait été un grand moment d’angoisse car il nous avait permis de mesurer notre manque de préparation par rapport à la concurrence.

Mais cette année grâce à GEGE notre moto était tellement parfaite que le contrôle a été une simple formalité les commissaires ayant vu au premier regard qu’ils avaient affaire à une moto superbement bien préparée.

 On en a profité pour inscrire DO (celui qui avait le moins roulé sur Raclette) à une séance d’essais libres qui s’est déroulée en fin d’après midi.

DO nous a offert  une grande première : pour la première fois de sa carrière de pilote il a fait son tour de chauffe sans faire un tout droit et sans finir dans le bac à gravier.

A partir de là on a su que ce serait un we exceptionnel. 

SAMEDI MATIN – CA DEVIENT SERIEUX 

Le samedi est consacré aux séances d’essais chronométrés qui doivent déterminer notre place sur la grille de départ.

C’est l’occasion pour nous d’admirer les motos de nos concurrents. Deux constatations à ce sujet :

Elles sont toutes belles et bien préparées, certaines sont mêmes magnifiques.

La nôtre est sans doute, de part sa cylindrée et son modèle, une des moins rapides du plateau. Ceci dit pas de soucis on sait depuis le début qu’on affrontera des motos plus rapides, mais à part un vénérable DUCATI 350 DESMO qui devait trouver la ligne droite très très longue on était surtout entouré par des avions de chasse.

 

Tout cela n’entame bien sûr pas le moral de nos pilotes et Bruno puis Alain se lance pour la première séance d’essais.

Comme il y avait très peu d’équipes à trois pilotes (sur ce type course on peut être en deux ou trois) les troisièmes pilotes étaient écartés de cette première série et donc DO n’a pu y participer (de l’avis général c’était un coup monté destiné à l’énerver un peu avant sa série).

 Nos deux pilotes font des chronos honorables, surtout qu’aucun d’eux ne connaissait le tracé, et on se retrouve tous pour le repas de midi.

Nos pilotes font preuve d’un véritable professionnalisme en acceptant de ne pas boire l’apéro et de se passer de vin à table. C’est dans ces moments là qu’on mesure l’abnégation qu’il faut pour devenir un top pilote.

 

SAMEDI APRES MIDI – C’EST DEVENU SERIEUX

 Reprise des essais avec Bruno en piste, un moment plus tard ce sera à Alain puis immédiatement après Do aura son unique séance chronométrée.

En plus du chronométrage officiel de l’organisation chaque équipe peut placer ses chronométreurs sur une zone spécialement aménagée au bord de la piste au niveau de la ligne droite.

C’est à cet endroit que nous nous relayons pour panneauter les pilotes c'est-à-dire les chronométrer puis leur communiquer leur temps à l’aide d’un panneau prévu à cet effet.

Bruno améliore sans problème ses chronos de la vieille sans pour autant chercher à faire un temps exceptionnel. En effet il s’agit d’une course d’endurance, la place sur la grille de départ a une importance très relative et le but n’est pas d’être très rapide mais très régulier.  

Un quart d’heure après Bruno, Alain s’élance pour un run d’un quart d’heure Thibault et moi sommes au panneautage / chronométrage et Laure (la fille d’Alain) nous à rejoints.

Quelques secondes après un de ses passages, alors que ses chronos sont de plus en plus satisfaisants, j’entends Laure crier qu’une chute vient d’avoir lieu. Une seconde plus tard Thibault hurle « c’est papa », je me retourne et aperçois, au bout de la ligne droite, deux motos qui glissent au sol dans un nuage de poussière.

Le temps se fragmente, il est à la fois épouvantablement long et incroyablement rapide, on court tous vers le lieu de l’accident sans le quitter des yeux, je vois un pilote se relever mais je suis trop loin pour voir lequel.

Enfin le second se relève, un énorme soupir de soulagement pour nous tous, on voit Alain penché sur sa moto donc il n’a rien et n’a pas oublié le sens des priorités (on pense à la moto en premier).

Comme le veut la procédure la séance est neutralisée et une camionnette vient récupérer les deux pilotes et les deux motos.

Pendant que notre taux d’adrénaline redevient lentement normal je me dis que :

-          même si nous n’en parlons pas souvent nous avons toujours présent à l’esprit que notre passion reste dangereuse, que les risques que nous prenons (sur piste ou sur la route) nous les faisons aussi supporter à nos proches qui ne partagent pas forcement notre amour immodéré pour la moto.

-          Il ne faut jamais oublier qu’un circuit reste l’endroit le plus sûr du monde pour faire de la moto. C’est un paradoxe comme celui des catastrophes aériennes : elles sont spectaculaires et traumatisantes mais n’enlèvent rien au fait que l’avion est un mode de transport sûr.

 

Descente du camion pour Alain et Raclette, malgré nos principes on se préoccupe d’abord du premier.

Il n’a rien, son adversaire a essayé de le doubler, a perdu le contrôle de sa moto au moment du dépassement et l’a entraîné dans sa chute (en clair ce blaireau a perdu l’avant en voulant lui faire l’inter alors qu’il était déjà à l’agonie et ils se sont gamélés tous les deux).

Cabrette descend à son tour, elle est beaucoup moins tordue que la GUZZI qui l’a percutée cependant elle a bien morflé mais on fera tout pour qu’elle soit réparée demain.

 

Bilan de cette séance d’essai :

-          Alain à les nerfs car il se sentait super bien sur la piste, mais comme c’est un vrai pilote il saura transformer l’énervement en énergie pour la course.

-          On a une sacrée séance de mécanique devant nous.

-          Do a les nerfs car non seulement il a été privé de séance d’essai mais en plus à midi il s’est privé d’apéro et de vin pour rien (et ça c’est le pire !).

 

 SAMEDI SOIR – VEILLEE D’ARMES  

La seule chose de bien avec cette chute c’est qu’on va aller jusqu’au bout de l’hommage aux paddocks des années 70. A peine de retour devant son barnum (oui oui elle en a un pour elle) raclette est prise en charge par l’élite mécanique de notre team : Bruno, Jean – Paul, Jean – François et avec le soutien actif de Gégé himself et de son ami Georges

Ce dernier, que nous ne connaissions pas une heure auparavant va nous aider tout le temps de la réparation.

Ils commencent par l’état des lieux : bulle du tête de fourche en miette et ce dernier bien abîmé, les plaques portant notre numéro (le fameux 46) sont en partie détruites et elles sont obligatoires pour la course, le guidon et la fourche sont tordus et – plus inquiétant – une partie du carter moteur est arrachée au niveau de la pompe à l’huile.

Moment d’angoisse pendant que le staff médical se penche sur Raclette, sera – t – il possible de réparer tout ces dégâts ? Au bout d’un (court) moment le professeur Gégé doyen de l’université RDLC et docteur Honoris Causa de la faculté des cylindres à trous et pots de détente se relève. 

Verdict : y  a pas besoin de pièces !

A partir de là on sait que c’est gagné, si la réparation repose uniquement sur les compétences techniques du staff on va y arriver.

Certes ils en ont bavé un moment mais au bout du compte on a fait revenir le contrôleur technique de l’organisation qui nous a dit que ce serait OK pour la course.

Bravo à tous c’est le genre d’exploit qui se voit peu mais qui a sauvé le week end.

 

Pendant que la dream team s’affairait sur la moto Laurence  a pris en main le cuir d’Alain (je parle bien sûr de sa combinaison de course) qui avait passablement souffert.

Il faut savoir que, dans la perspective de la course, nous avons fait suivre à Laurence une formation de couture sur cuir qui a duré plusieurs mois. C’est à ce genre de détail que l’on mesure la préparation sans faille de notre équipe.

Donc Lolotte a pu recoudre une partie de la combi et pour le reste nous avons eu recours à un produit hight tech, connu seulement de quelques spécialistes et dont l’inventeur est surtout célèbre à cause de l’infidélité de sa femme (la fameuse Lady Chatterton).

 

Comme le casque n’avait pas souffert nous nous sommes donc retrouvés avec un pilote et une moto en bon état. La seule difficulté a été de trier parmi toutes les filles qui se sont portées volontaires pour masser Alain et le soulager de ses souffrances.

 

Le cœur soulagé on a pu passer aux choses sérieuses à savoir apéro et repas, qui nous ont permis, entre autre de peaufiner notre organisation et notre technique de course. On avait mis au point un plan tellement machiavélique qu’on était certain de gagner, ça pouvait pas rater. Hélas le lendemain on arrivait plus en s’en souvenir. Ce qui est dommage !

 

DIMANCHE – CA Y EST ON Y EST ! 

On ne prenait le départ qu’à 15H30, inutile de dire qu’on a trouvé le temps long même en allant voir les autres courses.

Après le repas de midi on a commencé à plier le campement (beaucoup d’entre nous avaient beaucoup de route à faire) puis on a pris possession de notre stand (que nous partagions avec le team de Gégé).

Pour tous cela a été un moment d’émotion, pourtant le stand en question n’était qu’une grande tente sans aménagement spécifique,

Mais on était face à la piste ;

On était sur le circuit de PAU.

Et on allait faire notre première course d’endurance.

On a donc installé le matériel assez tôt pour être tranquille : système de remplissage du réservoir d’essence, jerrycans, boîtes à outils, fauteuils pliants pour les pilotes, panneau de stand etc etc…

Ensuite chacun s’est détendu comme il pouvait, je me suis assis sur un fauteuil face à la piste. A ce moment là une épreuve se terminait et un petit groupe de spectateurs est passé devant moi pour aller féliciter les concurrents.

Un grand type avec des lunettes rondes s’est retourné et a commencé à admirer Raclette, au bout de trois dixième de seconde j’ai fini par le reconnaître et j’ai réussi à balbutier « bonjour » (quand on est un grand auteur on se refait pas), lui avec un sens de la répartie incroyable et un grand sourire m’a répondu : « bonjour »

Je venais d’échanger ce dialogue d’anthologie avec Michel DEBARRE dit BAR2, l’auteur de la série de BD le JOE BAR TEAM.

Pour les rares béotiens qui ne connaîtrait pas cet auteur majeur des trois derniers siècles précisons qu’il s’agit d’une BD qui parle de moto et que BAR2 figure dans mes personnages de référence juste après Dieu, San – Antonio et Paul Ricard.

Cela augurait bien de la course.

 

Enfin après une attente interminable les concurrents se sont placés sur la grille de départ. Avant de relater ce moment palpitant quelques précisions sur le format de cette course :

La durée est de 3H30, chaque équipe fixe elle-même la durée des relais de chaque pilote et la fréquence des ravitaillements en essence. Le vainqueur est celui qui a parcouru le plus grand nombre de tours au moment du drapeau a damier. Enfin sur le plateau se trouvaient deux catégories : CLASSIC (la nôtre) pour les cylindrées inférieures à 750cc et OPEN pour les autres. 

Notre stratégie de course (celle dont nous nous souvenions) était simple : rester sur ses roues et aller jusqu’au bout. Les relais auraient lieu toutes les 35 minutes dans l’ordre suivant : Alain, Do, Bruno. Le ravitaillement en essence se ferait une fois sur deux.

Environ 3 minutes avant chaque arrêt le pilote se verrait panneauter les indications suivantes :

BOX 2 : retour au stand dans trois tours
BOX 1 : dans deux tours
BOX : au prochain passage  

Nous nous étions répartis les tâches de manière à ce qu’un maximum de Brebis participent à la fête et il est vrai que les tâches ne manquaient pas : panneautage, chronométrage, béquillage de la moto lors des ravitaillement, tenue du panneau de stand qui permet au pilote de savoir exactement ou s’arrêter (de préférence en ne roulant pas sur celui qui tient le panneau), ravitaillement en essence bien sûr et éventuellement mécanique. 

Il faisait une chaleur terrible particulièrement dans la fosse où se faisait le panneautage.  

Au moment du départ nous étions tous à notre poste à la fois heureux et tendu avant le dénouement d’une aventure qui avait duré presque un an.

 

Commentaires (1)

1. Julien 07/10/2009

Un bien beau départ malgré la chute sans casse (et merci bien d'ailleurs ^^)
Ca recommence à sentir l'essence à côté du PC (tout comme l'année dernière) !!!

Puis le BAR2 qui se retourne sur la moto, oh joie au bonheur ai-je envie d'ajouter
Vive les anciens, vive les passions et vive le Flying of course ^^

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